Introduction: Jusqu'au XIX siècle la composition des fumées qui se dégagent d'un incendie était simple. Cependant la technologie moderne a fait rentrer dans la moindre habitation des matériaux nouveaux et en particulier des "plastiques" dont les produits de dégradation sont hautement toxiques. Les matières plastiques dégagent des toxiques divers : - 25 % sont de polychlorures de vinyle qui, par pyrolyse dégagent 57 % de chlore. - Les composés organo chlorés peuvent donner du chlorure de méthyle. - les polyuréthanes, les polyamides ou nylon (cyanhydrique, d'autres en acide fluorhydrique). Même le polymère le plus simple (polyéthylène) fournit par combustion environ 700 hydrocarbures dont certains polycycliques très toxiques. De toute façon, polyéthylène et polypropylène fournissent à 700 - 750 °C des fumées qui peuvent tapisser entièrement les 400 m2 de surface alvéolaire. Les plastiques seulement hydrocarbonés donnent du CO et du C02 qui, en augmentant la ventilation, augmentent l'absorption des autres toxiques.
L'étude des victimes d'incendie (ST LAURENT DU PONT - ETUDES AMERICAINES) prouve que les décès sont dus exceptionnellement aux brûlures mais le plus souvent à des intoxications par les fumées qui entrainent asphyxie et les troubles de conscience. Le CO serait responsable à lui seul de 80% des décès. Ces intoxications seront d'autant plus rapides que les incendies surviennent dans des habitacles fermés (avions - autocars - voitures)
COMPOSITION DES FUMEES Les études effectuées aux ETATS UNIS, montrent que les toxiques les plus fréquemment contenus par les fumées sont : * L'oxyde de carbone (CO), responsable à lui seul de 80 % des décès. * Le dioxyde de carbone (CO2) issu de la combustion complète. * Les oxydes d'azote (NO2) * L'acide cyanhydrique (HCN) * L'ammoniac (NH3) * Divers autres gaz : dérivés du benzène, acrotéine, isocyanates, amines aromatiques, phosgène, acide formique, acide acétique.
Les fumées sont composées : * Soit de particules solides dont la température élevée entraine des brûlures pulmonaires profondes. * Soit de gaz : dont la chaleur provoque des brûlures, actifs par leur toxicité propre. * Soit des aérosols.
CIRCONSTANCES DE DÉGAGEMENT DES FUMEES
A / Les incendies * Les Incendies domestiques. * Incendies d'immeubles recevant du Public ---- législation particulière. * Incendies dans les moyens de transport : car, trains (tunnels), avions, voitures. * Les feux industriels (Diversité des composants chimiques, accidents dus aux toxiques en petite quantité non répertoriés).
B / Critères de présomption d'exposition à des fumées BRULURES SUR LE CORPS de surface importante et surtout :
BRULURES DU VISAGE cheveux poils du nez barbe moustache ou de la suie sur le visage.
LA TOXICITE DES FUMEES - LEURS DANGERS
A / Atteinte directe des voies aériennes Les fumées pénètrent dans l'organisme par les voies aériennes. Le nez est chargé de retenir les plus grosses particules solides. La respiration par la bouche supprimera ce filtre physiologique.
Les atteintes des voies aériennes des muqueuses seront représentées par :
* Les irritations directes de muqueuses respiratoires du nez du pharynx des cordes vocales de la trachée des bronches des alvéoles pulmonaires
Ces irritations directes peuvent être : immédiates, dès le début de l'exposition au toxique, due à son action caustique ou son action mécanique (particules solides) ou retardée, se manifestant dans les heures qui suivent l'exposition par une détresse respiratoire due à l'installation d'un oedème pulmonaire de type lésionnel. Cet oedème est dû à l'inhalation du caustique qui exerce son action sur l'alvéole pulmonaire et sur le surfactant, aboutissant à leur destruction. Parfois l'action du toxique est instantanée entrainant un décès très rapide par suffocation avant que l'oedème n'ait le temps de s'installer. Enfin l'action irritative se manifeste également au niveau des yeux.
* Les brûlures des voies aériennes Les fumées qui se dégagent ont une température élevée et leur pénétration dans les voies respiratoires entraine des brûlures. Les brûlures détruisent le système normal de défense du poumon (cils, etc.) et favorisent l'action des produits toxiques du fait de l'altération des parois des bronches et des alvéoles. Ces parois étant très vascularisées le toxique passe rapidement dans le sang. La chaleur est donc un facteur aggravant.
* Les dépôts de suie dans les poumons La suie pénètre profondément dans les poumons. Les particules grasses adhérent aux parois alvéolaires et son indélogeables. Elles entraînent une détresse respiratoire.
* Les complications tardives Si un blessé est hospitalisé à la suite d'une inhalation de fumées, il est à la merci de complications secondaires, type OAP, d'infections ou d'autres complications pulmonaires responsables du décès.
* Les lésions associés En cas d'explosions, surtout en enceinte close, le blessé pourra présenter des lésions caractéristiques regroupées sous le terme de "blast". Celui-ci associe des atteintes pulmonaires, oculaires, auditives, cérébrales et des organes creux. Le pronostic est fonction de l'importance des lésions. L'intoxiqué peut être un polytraumatisé qui, aveuglé par les fumées est tombé ou qui, paniqué par l'accident tente de fuir et tombe par les fenêtres.
B / Toxicité des produits de dégagement
1) Toxicité générale - l'oxyde de carbone Les actions irritantes décrites précédemment sont souvent associées à l'action "générale" d'autres produits. Le toxique retrouvé de façon constante dans les incendies est l'oxyde de carbone qui se dégage de façon systématique près du feu, mais aussi de façon éloignée par rapport à celui-ci (poussé par le vent par exemple)
80 % DES SUJETS DECEDES DANS UN INCENDIE PRESENTENT UNE INTOXICATION AU CO ET MEURENT BIEN AVANT D'ETRE BRULES. Toxicité du CO due à son affinité extraordinaire pour l'hémoglobine qui ne peut plus transporter l'oxygène indispensable à la vie cellulaire. L'intoxication au CO peut être : - suraiguë = décès en quelques minutes - aiguë = débutant par des maux de tête, vertiges, nausées, une sensation de fatigue intense. Puis le coma s'installe. Le décès survient du fait de l'anoxie et des complications propres au coma. - chronique, en milieu de travail.
Cette intoxication est d'autant plus rapide que la ventilation est augmentée (panique, efforts de fuite) car la pénétration du toxique dans l'organisme est accélérée.
2) Toxicité particulière : le chlore et ses dérivés - les vapeurs nitreuses Dans ce cas l'action du toxique est surtout locale. L'action est irritative sur les poumons. La caractéristique de ces produits est la survenue parfois plusieurs heures après l'exposition de lésions pulmonaires type oedème lésionnel. La surveillance en milieu médical est donc impérative pendant 24 à 48 H pour tout intoxiqué par ce type de produits. Le repos sera absolu.
3) Facteur d'aggravation des intoxications a - La chaleur des gaz respirés b - l'augmentation de la ventilation qui favorise la pénétration du toxique ou du caustique par voie pulmonaire. c - l'hypoxie du milieu car l'oxygène est rare sur les lieux d'incendie.
4) Les cyanure Les dérivés du cyanure sont libérés par la combustion des plastiques (polyuréthanes - acrylonitriles - polyamides). Les matériaux sont actuellement présents en grande quantité dans les habitations les voitures et avions. L'action du cyanure s'effectue au niveau de la cellule elle-même dont certaines enzyme sont bloquées. Le blocage ne permet plus à la cellule de respirer. Il s'agit d'une intoxication grave conduisant rapidement au décès si le diagnostic n'est pas fait et si les antidotes spécifiques ne sont pas utilisés.
5) Le poly intoxiqué En fait le plus souvent la victime des fumées est un poly intoxiqué et il est difficile de déterminer exactement le rôle respectif des différents toxiques.
C / Retentissement des fumées sur le comportement des individus L'opacité masque la vision de la situation. Les reliefs se discernent difficilement, la panique, majorée par les actions irritatives sur les yeux et les voies respiratoires débuté, les issues de secours sont difficiles à repérer (sorties en hauteur), les victimes essaient de fuir par les issues donnant sur l'extérieur. D'où des défenestrations et des réactions parfois totalement inadaptées du fait des effets sur l'état de conscience du CO par exemple ou de certains gaz "incapacitants ".
Au niveau des sauveteurs la fumée gène le repérage des victimes, le repérage des foyers d'incendie, des dangers (escaliers écroulés, planchers troués, etc.), et augmente l'angoisse et le stress.